Au-delà de six milles d'un abri, la côte s'efface et la carte devient le seul paysage. L'extension hauturière commence donc par apprendre à la lire avant d'apprendre à y tracer : ce que représente une carte marine, comment elle déforme la Terre, et où trouver les informations qui conditionnent tout le reste.
Une projection faite pour naviguer
La Terre est ronde, la carte est plate : il faut une projection. Les cartes marines de navigation utilisent la projection de Mercator, choisie parce qu'elle conserve les angles :
- les méridiens (lignes de longitude) sont des droites verticales parallèles ;
- les parallèles (lignes de latitude) sont des droites horizontales, de plus en plus espacées vers les pôles ;
- une route qui coupe tous les méridiens sous le même angle (une loxodromie, c'est-à-dire un cap constant) est une droite sur la carte.
C'est exactement ce qu'il faut : on trace sa route à la règle, on lit son cap sur la rose, et le compas tient ce cap. Le prix à payer est une déformation des surfaces : à l'échelle d'une carte côtière elle est invisible, mais elle explique pourquoi l'échelle des latitudes s'étire légèrement du bas vers le haut de la carte.
L'échelle
L'échelle est le rapport entre une longueur sur la carte et la longueur réelle. 1 : 50 000 signifie qu'un centimètre sur le papier représente 50 000 cm, soit 500 m. Plus le dénominateur est petit, plus la carte est détaillée (grande échelle) ; plus il est grand, plus elle couvre une zone étendue avec moins de détails (petite échelle).
| Famille de cartes | Échelle typique | Usage |
|---|---|---|
| Cartes d'atterrissage, routiers | 1 : 1 000 000 à 1 : 300 000 | Traversées, approche d'une côte |
| Cartes côtières | 1 : 150 000 à 1 : 50 000 | Navigation le long de la côte |
| Cartes de détail, plans de port | 1 : 25 000 à 1 : 5 000 | Entrées de port, chenaux, mouillages |
Sur la carte, on ne mesure jamais une distance avec une règle graduée en centimètres : on reporte l'écartement du compas sur l'échelle des latitudes, dans le cadre latéral, à la hauteur de la zone où l'on travaille (fiche suivante).
Ce que dit le titre de la carte
Avant de tracer quoi que ce soit, lisez le cartouche (le titre). Il contient :
- le nom de la zone et le numéro de la carte ;
- l'échelle et la latitude de référence de cette échelle ;
- le système géodésique : aujourd'hui WGS 84, le même que celui du GPS. Sur une carte ancienne établie dans un autre système (ED 50 par exemple), une note indique de combien décaler les positions GPS ;
- l'unité des sondes (mètres sur les cartes françaises) et leur niveau de référence, le zéro hydrographique ;
- le niveau de référence des hauteurs (feux, ponts, amers), en général la pleine mer de vive-eau ;
- l'année de la déclinaison magnétique portée sur la rose, et sa variation annuelle ;
- les avertissements : zones réglementées, câbles, levés anciens.
Une carte officielle, à jour
La division 240 impose, dès la navigation côtière, des cartes marines officielles (Shom, ou cartes d'un autre service hydrographique national) couvrant la zone fréquentée, tenues à jour. Une carte se corrige à la main d'après le Groupe d'avis aux navigateurs (GAN) publié chaque semaine par le Shom : un feu modifié, une bouée déplacée, une épave nouvelle. Sur une carte électronique, les mises à jour s'installent par abonnement.
La carte de l'examen
L'épreuve de l'extension hauturière se déroule sur la carte spéciale d'examen n° 9999 du Shom, une carte d'entraînement vendue environ 30 € que le candidat apporte ou que le centre fournit. Le matériel autorisé est celui du navigateur : règle Cras, compas à pointes sèches, crayon gras et gomme. Le jury attend des tracés propres, des caps lus à un degré près et des positions au dixième de minute. Toute cette section s'entraîne sur une carte fictive aux mêmes conventions, pour que le passage à la 9999 ne soit qu'un changement de décor.