Le bulletin donne la tendance ; le ciel donne le détail. Un plaisancier côtier doit reconnaître quatre phénomènes qui se forment vite et changent tout : la brume, l'orage, le grain et les brises thermiques.
La brume
La brume de mer, dite d'advection, se forme quand de l'air chaud et humide venu de la terre ou du sud passe sur une mer plus froide : la vapeur se condense au ras de l'eau. Elle est fréquente au printemps et en début d'été en Manche et en Atlantique, quand la mer est encore froide, et peut tenir toute la journée malgré le soleil au-dessus. Le brouillard de rayonnement, formé la nuit sur la terre par ciel clair, dérive sur l'eau au petit matin et se dissipe en général avant midi.
Les signes : horizon qui s'efface, soleil blanchâtre, air soudain frais et humide, phares qui disparaissent l'un après l'autre.
Conduite à tenir
- Noter sa position avant que la visibilité tombe, et la route pour rentrer.
- Réduire à une vitesse de sécurité (règle 19) : celle qui permet de s'arrêter sur la distance où l'on voit.
- Allumer les feux de route et émettre les signaux sonores réglementaires (un son prolongé toutes les deux minutes pour un navire à moteur).
- Renforcer la veille : quelqu'un à l'avant qui regarde et écoute, moteur au ralenti de temps en temps pour entendre.
- Gilets pour tous.
- Rejoindre l'abri le plus proche en évitant les chenaux fréquentés, où un gros navire ne vous verra pas ; ou mouiller hors du passage en attendant que ça se lève.
L'orage
Un orage se construit en quelques heures par forte chaleur, l'après-midi, sur une atmosphère instable : cumulus qui gonflent en cumulonimbus, sommet en enclume, base noire. À son arrivée :
- le vent tombe puis repart en rafales violentes (parfois force 8 à 10) et tournantes, en quelques secondes ;
- la mer se creuse d'un coup, courte et désordonnée ;
- des averses de pluie ou de grêle ramènent la visibilité à presque rien ;
- la foudre cherche le point le plus haut : le mât d'un voilier, l'antenne d'un bateau à moteur.
Conduite à tenir
- Rentrer avant : un cumulonimbus qui grandit vers vous en début d'après-midi est un signal de départ.
- Si l'orage surprend : s'éloigner de la côte et des rochers (le vent tournant peut y pousser), tout fermer, gilets pour tous, vitesse réduite, se tenir à l'écart des pièces métalliques et ne pas toucher le mât.
- Garder la VHF allumée, mais éviter le portable à la main pendant les éclairs.
Le grain
Le grain est un renforcement brutal et bref du vent (quelques minutes à un quart d'heure) sous un gros nuage isolé, souvent accompagné d'une averse. Il se voit venir : le nuage est sombre et bas, et l'eau noircit et se hérisse sous lui. Avant qu'il arrive : réduire la vitesse, se mettre face au vent attendu, s'assurer que tout est amarré. Après son passage, le vent reprend sa direction et sa force d'avant.
Les brises thermiques
Par beau temps, la différence de température entre la terre et la mer crée un vent local qui s'ajoute au vent général :
| Brise | Quand | Sens | Force |
|---|---|---|---|
| Brise de mer | L'après-midi, dès que la terre chauffe | De la mer vers la terre | Force 3 à 5, parfois 6 en Méditerranée |
| Brise de terre | La nuit et au petit matin | De la terre vers la mer | Force 1 à 3 |
Conséquence : une sortie commencée par mer plate le matin se termine dans un clapot formé au retour, l'après-midi, avec une brise de mer qui pousse vers la côte. La brise de mer fait aussi tomber un bateau sur la côte sous le vent, et la brise de terre pousse un bateau en panne vers le large.