Stationner, c'est s'arrêter en s'amarrant ou en ancrant. Sur une voie navigable, l'arrêt n'est jamais anodin : le bateau immobile devient un obstacle pour ceux qui passent, et le courant, les remous et les variations de niveau travaillent ses amarres. Le règlement y consacre un chapitre entier.
Où stationner
Le principe est de choisir un emplacement sans gêner la navigation, en se tenant le plus près possible de la rive compatible avec le tirant d'eau, et en respectant les emplacements désignés. Sont interdits au stationnement, sauf indication contraire :
- les passages étroits et leurs abords, ainsi que les secteurs où l'on virerait difficilement ;
- le dessous des ponts et des lignes électriques aériennes ;
- les entrées et sorties d'affluents, de ports, de garages et de bras ;
- le trajet des bacs et les abords des pontons de bateaux à passagers ;
- les aires de virage (E.8) et les abords des écluses, en dehors des garages d'attente ;
- les secteurs signalés par A.5 (interdiction de stationner), A.6 (interdiction d'ancrer) ou A.7 (interdiction de s'amarrer).
À l'inverse, E.5, E.6 et E.7 indiquent les zones où stationner, ancrer ou s'amarrer est autorisé ; un cartouche précise souvent la largeur disponible ou le type de bateau admis. Le panneau C.5 demande de rester à distance de la rive, les travaux et les berges fragiles étant protégés.
S'amarrer
L'amarrage se fait sur les équipements faits pour cela : anneaux, bollards, ducs d'Albe, pieux ou, sur une berge naturelle autorisée, des piquets plantés par l'équipage. Il est interdit d'utiliser :
- les arbres, dont on arrache l'écorce et que les amarres finissent par étrangler ;
- les garde-corps, échelles, mains courantes et bornes des écluses et des quais ;
- les poteaux, panneaux de signalisation et supports de feux, que l'on dérègle ou fait tomber ;
- toute installation dont le règlement interdit l'usage.
Un bon amarrage comporte au moins une amarre avant, une amarre arrière et, dans le courant ou face au trafic, des gardes croisées qui empêchent le bateau d'avancer ou de reculer sous l'effet des remous. On laisse du jeu si le niveau peut varier (écluse voisine, crue, éclusées sur un bief) et on protège les amarres du ragage avec des gaines.
Ancrer
L'ancrage n'est pas une pratique courante en rivière ou en canal : le fond est encombré de câbles, de conduites et de déchets, et une ancre ne tient guère dans la vase. Il est interdit partout où le panneau A.6 est posé, c'est-à-dire là où des câbles électriques, téléphoniques ou des conduites traversent la voie : les arracher coûte cher et l'électrocution est possible. Il est au contraire autorisé là où E.6 l'indique, sur certains lacs et plans d'eau, et en cas d'urgence (avarie de moteur dans le courant) pour éviter la dérive.
L'ancre est pourtant obligatoire dans l'armement des bateaux naviguant en eaux intérieures exposées de plus de 250 kg : elle sert de frein de secours quand le moteur lâche à l'approche d'un barrage.
Veille et signalisation du bateau stationné
- De nuit, un bateau stationné dans le chenal ou à proximité porte un feu blanc ordinaire visible de tous les côtés, du côté du chenal. Les bateaux amarrés dans un port ou un garage désigné peuvent en être dispensés par le règlement.
- Un bateau stationné à proximité du chenal par temps bouché se signale par une volée de cloche répétée au moins chaque minute lorsqu'un bateau approche.
- Le règlement impose une garde ou une surveillance suffisante pour certains bateaux (matières dangereuses, bateaux à passagers) ; pour une menue embarcation, le bon sens commande de vérifier les amarres avant la nuit et de les doubler en crue ou en cas de vent annoncé.