Le brouillard matinal d'automne sur un canal, un orage d'été qui noie la visibilité en quelques minutes, une arrivée tardive après le coucher du soleil : la visibilité réduite et la nuit changent toutes les règles de la journée. Le règlement y consacre des articles précis.
Le temps bouché : des règles communes à tous
Dès que la visibilité baisse (brouillard, brume, forte pluie, neige, fumée), tout bateau qui fait route doit :
- réduire sa vitesse en fonction de la visibilité, du trafic et des circonstances locales ;
- poster une vigie à l'avant du bateau, en contact avec la barre, pour voir et écouter ;
- émettre les signaux sonores prévus et écouter ceux des autres ;
- se tenir du côté tribord du chenal autant que possible, pour que les croisements restent bâbord sur bâbord ;
- renoncer aux croisements de voie, dépassements et manœuvres de virage non indispensables.
| Situation | Signal sonore par temps bouché |
|---|---|
| Bateau isolé faisant route | 1 son prolongé, au moins une fois par minute |
| Bateau faisant route avec radar | Signaux de la navigation au radar (tritonal pour l'avalant) |
| Bateau en stationnement dans ou près du chenal | 1 volée de cloche, répétée au moins chaque minute |
Sans radar : s'arrêter
Les bateaux de commerce naviguent au radar et à l'AIS. Un bateau de plaisance non équipé de radar ne peut ni se situer dans le chenal ni détecter les autres bateaux. Le règlement est donc sans nuance : les bateaux qui ne peuvent pas utiliser le radar doivent, dès que la visibilité l'exige, rejoindre sans retard un lieu de stationnement sûr et attendre que la visibilité revienne. Les avalants surtout, qui ne peuvent pas s'arrêter dans le courant, doivent quitter le chenal au plus tôt.
Le stationnement d'attente se fait hors du chenal, dans un port, un garage d'écluse ou le long d'une berge dégagée, et le bateau émet alors les signaux d'un bateau stationné si des bateaux approchent.
Si le brouillard se lève alors que l'on fait déjà route, on garde la rive à portée de vue, à très faible vitesse, jusqu'au premier amarrage possible. On n'entreprend jamais une traversée de fleuve, un passage de bifurcation ou une entrée d'écluse dans le brouillard.
La nuit
La nuit réglementaire s'étend du coucher au lever du soleil. Pendant cette période, et de jour par visibilité réduite si le conducteur le juge utile :
- tout bateau qui fait route porte les feux prévus pour sa catégorie ;
- tout bateau qui stationne dans ou près du chenal porte un feu blanc visible de tous les côtés, sauf dans les lieux où le règlement en dispense (ports, garages désignés) ;
- les feux doivent être réglementaires : feux ordinaires visibles à au moins 2 km pour les menues embarcations, posés aux emplacements prévus, et ne pas être confondus avec les lampes de cabine ou les lampes torches.
Naviguer de nuit demande en plus :
- de vérifier que la voie le permet : la plupart des canaux et des écluses fonctionnent à horaires fixes, et beaucoup de règlements particuliers interdisent la navigation de nuit aux menues embarcations ;
- de préparer le passage : carte ou guide annoté, repérage des ponts, feux de rive et bornes kilométriques, lampe étanche à bord ;
- de réduire la vitesse pour s'arrêter dans la distance éclairée et éviter les flottants (troncs, branches) invisibles ;
- d'éteindre les lumières intérieures qui éblouissent la barre et de garder un œil accoutumé à l'obscurité ;
- d'interpréter correctement les feux : un feu fixe isolé est le plus souvent une berge, un pont ou une marque ; un feu qui se déplace est un bateau. Les feux de balisage sont rythmés, ceux d'un bateau en route sont fixes.
Le matériel
L'arrêté sur le matériel d'armement impose en eaux intérieures exposées une lampe étanche ou un moyen lumineux permettant de se signaler. Pour toute navigation susceptible de s'achever à la nuit, on vérifie avant le départ que les feux de route fonctionnent, que les piles sont chargées et que les gilets portent une bande rétroréfléchissante et, idéalement, un sifflet.