Avant toute règle de croisement ou de signal, le règlement pose un principe général : le conducteur est responsable de son bateau et doit adapter sa conduite aux circonstances. Sur une voie d'eau étroite, partagée avec des péniches de 38 m, des pêcheurs, des kayaks et des riverains, la vitesse est la première de ces circonstances.
Le devoir de vigilance
Le règlement général de police demande à tout conducteur de prendre « toutes les mesures de précaution que commandent le devoir général de vigilance et les règles de la pratique professionnelle courante », même en l'absence de prescription explicite, pour éviter :
- de mettre en danger la vie des personnes ;
- de causer des dommages aux autres bateaux, aux rives, aux ouvrages et aux installations ;
- de créer des entraves à la navigation ;
- de porter atteinte à l'environnement.
Cela vaut pour le choix de l'allure, de la route, de l'heure de départ, et même pour la décision de ne pas partir. Il complète la règle de base : le conducteur doit être à la barre ou à portée immédiate des commandes et une veille visuelle et auditive permanente est assurée.
La vitesse : une affaire de règlement local
Le règlement général ne fixe pas de vitesse maximale commune. Chaque voie a sa limite dans son règlement particulier de police (RPP), rappelée sur place par le panneau B.6, dont le chiffre est toujours en kilomètres par heure.
| Type de voie | Vitesse courante | Pourquoi |
|---|---|---|
| Canaux à petit gabarit | 6 km/h, parfois 8 | Protéger les berges et le mouillage, faible largeur |
| Canaux à grand gabarit, rivières canalisées | 10 à 12 km/h | Trafic commercial, berges aménagées |
| Rivières libres, fleuves | 15 à 20 km/h | Largeur et profondeur suffisantes |
| Ports, écluses, zones de baignade, bande de rive | Au pas, souvent 3 à 5 km/h | Bateaux amarrés, personnes dans l'eau |
Ces valeurs sont des ordres de grandeur : la seule vitesse qui compte est celle du panneau ou du RPP. Un bateau à moteur consomme et fait du bruit pour peu de résultat au-delà de 8 km/h sur un canal : l'allure réglementaire est aussi l'allure confortable.
Les remous et la succion
Un bateau en marche déplace de l'eau. À vitesse excessive, dans un chenal étroit ou peu profond, il crée :
- une vague d'étrave qui bat les berges, les détruit et fait rouler les bateaux amarrés ;
- un appel d'eau (succion) qui attire le bateau vers le fond et vers la rive, fait chasser son arrière et peut arracher les amarres des bateaux stationnés ;
- un remous à l'arrière qui gêne les petites embarcations, les pêcheurs et les baigneurs.
Le règlement impose de régler sa vitesse pour éviter ces remous à proximité :
- des bateaux amarrés ou ancrés, des pontons et des ports ;
- des bacs, des bateaux en cours de travaux et des engins flottants ;
- des bateaux portant le signal de protection contre les remous ;
- des berges fragiles, des zones de baignade et partout où le panneau A.9 est posé.
Le signal de protection contre les remous est un pavillon rouge et blanc (moitié supérieure rouge, moitié inférieure blanche) de jour et, de nuit, un feu rouge au-dessus d'un feu blanc. Le croiser ou le dépasser impose de ralentir largement avant d'arriver à sa hauteur : réduire les gaz au dernier moment ne supprime pas la vague déjà formée.
Adapter l'allure aux conditions
- Par crue ou fort courant, on réduit encore : la vitesse par rapport au fond augmente en descendant et la manœuvrabilité baisse en remontant.
- Dans les virages sans visibilité, on ralentit et on émet un son prolongé si la situation l'exige, pour prévenir un bateau que l'on ne voit pas.
- À l'approche d'un ouvrage (pont, écluse, barrage), on se met à l'allure de manœuvre dès les premiers panneaux et on surveille les feux.
- La nuit et par visibilité réduite, la vitesse doit permettre de s'arrêter dans la distance visible.