Le relèvement n'est pas la seule ligne de position. L'alignement en est une, gratuite et exacte ; le cercle de distance en est une autre ; et l'apparition d'un feu à l'horizon donne une distance que l'on peut calculer. Combiner ces lignes multiplie les façons de faire le point.
Deux amers portés sur la carte, vus l'un derrière l'autre, définissent une droite : si on les voit alignés, on est sur cette droite. Avantages : aucune mesure, aucune correction de compas, une précision de l'ordre de la minute d'angle. Les cartes portent les alignements officiels des chenaux sous la forme « Alignement 305° » ; mais n'importe quel couple d'amers fait l'affaire : clocher par la tourelle, phare par le sémaphore.
Un alignement coupé par un relèvement donne un point ; coupé par un second alignement, un point excellent ; coupé par une sonde, une bonne estimation.
Sémaphore par le phare de Kerlann (alignement 305°) et tourelle de Men Du au 097° : la position est à l'intersection, sans aucune correction de compas sur l'alignement.
L'alignement sert aussi de route (on le suit en gardant les amers superposés, la dérive et le courant se corrigent d'eux-mêmes) et de ligne de sécurité : « tant que le clocher reste à droite de la tourelle, je suis à l'est des roches ».
Si l'on connaît la distance à un amer, on trace un cercle de ce rayon autour de lui : le bateau est dessus. Avec le relèvement du même amer, le point est à l'intersection du cercle et de la droite. Les distances viennent :
du radar (fiche « Radar, sondeur et instruments »), à quelques dizaines de mètres près ;
de l'angle vertical d'un amer de hauteur connue, au sextant ;
de l'apparition ou de la disparition d'un feu à l'horizon : la portée géographique.
Phare de Kerlann au 335° et à 1,7 mille au radar : le point est à l'intersection de la droite et du cercle.
la portée lumineuse dépend de sa puissance et de la visibilité ; la carte donne la portée nominale, portée lumineuse par visibilité météorologique de 10 milles (24M dans « Fl(2)W.10s 52m 24M ») ;
la portée géographique dépend de la rondeur de la Terre : au-delà d'une certaine distance, le feu est caché par l'horizon, quelle que soit sa puissance. Elle dépend de la hauteur du feu (h) et de la hauteur de l'œil de l'observateur (e).
Feu
h (m)
œil e (m)
√h
√e
Portée géographique
Phare de Kerlann
52
2
7,2
1,4
2,08 × 8,6 = 17,9 M
Feu de Goulenn
21
2
4,6
1,4
2,08 × 6,0 = 12,5 M
Phare de Kerlann
52
5
7,2
2,2
2,08 × 9,4 = 19,6 M
Pour le phare de Kerlann (portée nominale 24 M), c'est la portée géographique (17,9 M depuis un cockpit à 2 m) qui limite : on l'aperçoit à l'horizon à environ 18 milles. Et à l'instant où le feu pointe à l'horizon (on vérifie en se baissant : il disparaît ; en se relevant : il revient), on en est à cette distance. Avec le relèvement du feu, c'est un point.
Le Livre des feux contient une table qui donne directement la portée géographique pour chaque couple de hauteurs ; la formule la reproduit à un dixième près.
À retenir
1Un alignement (deux amers l'un derrière l'autre) est une ligne de position sans compas ni correction : la plus précise de toutes.
2Un relèvement et une distance sur le même amer donnent un point ; la distance vient du radar, d'un cercle de distance ou de la portée géographique d'un feu.
3La portée géographique d'un feu (distance à laquelle il apparaît à l'horizon) se calcule : D (M) = 2,08 × (√h + √e), h hauteur du feu et e hauteur de l'œil en mètres.
4La portée nominale de la carte (24M) est une portée lumineuse par visibilité de 10 milles ; le feu est vu à la plus petite des deux portées.
5Un alignement sert aussi de relèvement de sécurité : tant que les deux amers restent alignés, on est dans le chenal.