Entre deux points observés, on ne sait pas où l'on est : on l'estime. L'estime est la colonne vertébrale de la navigation : chaque observation vient la corriger, et quand les observations manquent (brume, nuit sans feux, panne d'électronique), elle reste seule. Elle exige une tenue de route rigoureuse et un journal de bord.
Tenir l'estime
Depuis le dernier point observé (cercle avec l'heure), on trace la route fond et on reporte, à l'heure voulue, la distance fond parcourue : vitesse fond × temps. Le point obtenu est estimé : on le marque d'un demi-cercle (ou d'un triangle) avec l'heure, pour ne pas le confondre avec un point observé.
Les données :
- sans courant : route surface = cap vrai corrigé de la dérive ; distance = lecture du loch (la distance parcourue dans l'eau) ;
- avec courant : route et vitesse fond du triangle des vitesses (fiche « Le courant : route et vitesse sur le fond ») ; la distance au loch doit être combinée au courant pendant le temps écoulé.
Contrôler l'estime
Tout ce qui est disponible sert à contrôler l'estime, et une seule ligne de position suffit souvent à la recaler :
- un relèvement : si la droite ne passe pas par le point estimé, on glisse le point sur la droite, au plus près de l'estime ;
- une sonde : la profondeur lue au sondeur, diminuée de la hauteur d'eau de la marée, se compare aux sondes de la carte ; passer l'isobathe 20 m à l'heure prévue est une confirmation ;
- l'apparition d'un feu à l'horizon (fiche précédente) ;
- le GPS, bien sûr : mais l'exercice d'examen suppose qu'on sache s'en passer.
Le transport de relèvement
Un seul amer en vue, et pas de distance ? Le point par relèvements successifs (transport de relèvement, en anglais _running fix_) donne quand même un point :
- Relever l'amer une première fois (Zv1), noter l'heure et le loch, tracer la droite.
- Continuer sa route ; relever l'amer une seconde fois (Zv2) quand il a tourné d'au moins 30° à 40°, tracer la seconde droite.
- Transporter la première droite : la déplacer parallèlement à elle-même, de la distance fond parcourue entre les deux visées, dans la direction de la route fond (depuis n'importe quel point de la première droite, tracer le vecteur route fond × temps ; la parallèle à la première droite passant par l'extrémité est la droite transportée).
- Le point est à l'intersection de la droite transportée et de la seconde droite.
Sa précision est celle de l'estime entre les deux visées : courant et vitesse mal connus dégradent le résultat. Il vaut mieux qu'aucun point.
Le cercle d'incertitude
Une estime n'est jamais exacte. On lui associe une incertitude d'environ 5 à 10 % de la distance parcourue depuis le dernier point sûr : après 10 milles d'estime, on peut être à un demi- mille, parfois un mille du point tracé. On dessine mentalement ce cercle autour de l'estime, et on fait route de manière que tout le cercle reste en dehors des dangers : passer un haut-fond « à un demi-mille » selon l'estime, ce n'est pas le passer.
| Après… | Incertitude typique | Marge à prendre sur un danger |
|---|---|---|
| 2 milles | 0,1 à 0,2 M | 0,5 M |
| 10 milles | 0,5 à 1 M | 1 à 2 M |
| 30 milles | 1,5 à 3 M | passer franchement au large |