Thème 07 · section 4

Préparer une traversée

4 min de lecture · 5 points à retenir · quiz de 8 questions en fin de section

Mis à jour le · 3 sources officielles citées

Au large, on ne rentre pas au port en vingt minutes quand quelque chose tourne mal. Tout ce qui peut se décider à terre doit l'être : la fenêtre météo, la route, les heures de marée aux deux bouts, l'état du bateau et la répartition des rôles à bord. Une traversée réussie est d'abord une traversée bien préparée.

La météo d'abord

  1. J − 2 ou J − 3 : suivre l'évolution générale sur la carte isobarique et le bulletin large ; repérer les dépressions en approche et la trajectoire prévue.
  2. La veille : bulletin large et bulletin côte, tendance ultérieure ; décider d'une fenêtre compatible avec la durée de la traversée plus une marge (une traversée de 12 heures demande une fenêtre de 24 heures).
  3. Le matin du départ : dernier bulletin, pression au baromètre, état de la mer observé. Un BMS sur la route ou une prévision de force 7 reportent le départ.

Marées et courants

Point à réglerPourquoi
Hauteur d'eau au départ et à l'arrivéeSeuils, barres, ports à marée ; heure limite de sortie, heure d'entrée au plus tôt
Courants sur la route, heure par heureChoisir le départ pour porter le courant ; calculer la route fond
Raz et passagesLes franchir à l'étale ou avec le courant portant
Heure d'arrivéeDe préférence de jour, ou avec les feux identifiés à l'avance

Le calcul des courants s'appuie sur le coefficient du jour et les atlas ou losanges de la carte (fiche « Heure d'une hauteur ; courants de marée »).

Tracer la route

Sur la carte, la route se prépare au crayon et se garde : chaque segment (ou « bord ») porte sa route fond, sa distance et l'heure estimée de passage à ses extrémités (waypoints).

Extrait de la carte d'exercice de la baie de Kerlann (carte fictive) : terre au nord, phare de Kerlann sur la pointe, île de Goulenn au sud-ouest, port de Saint-Mael au fond de la baie, tourelle cardinale Sud de la basse Men Du, danger isolé de Roche Castel, sondes en mètres, rose des vents avec la déclinaison. Routes tracées : Rf 060° · 7 M au 060° sur 7 M depuis 47°43' N 03°57' W et Rf 110° · 5 M au 110° sur 5 M depuis 47°46,5' N 03°51,6' W. Points marqués : Départ 08 h 00 en 47°43' N 03°57' W.10201020Zone de mouillage62785446313861294336141613121115171214232624222729252138413544374652555814080626381938RKerlann 2Fl.R.2.5sGKerlann 1Fl.G.2.5sBRBCastelFl(2)W.6sRWKLIso.W.4sYMouillageFl.Y.4sPhare de KerlannFl(2)W.10s 52m 24MGoulennOc(2)WRG.6s 21m 11/8MClocherCh. d'eauSémaphoreMoulinMen DuQ(6)+LFl.15sPointe de KerlannBaie de KerlannPointe de TrezÎle de GoulennBasse Men DuRoche CastelBasse GwennMen GlazSaint-MaelTrezLanvernÉpaveA0000300600901201501802102402703003303°00' W 2026(8' E)BAIE DE KERLANNCarte d'exercice Skipperly · lieux et sondes fictifsNe pas utiliser pour la navigationSondes en mètres réduites au zéro hydrographiqueProjection de Mercator · WGS 84 · échelle 1 : 50 000Hauteurs des feux au-dessus de la PM de vive-eauRf 060° · 7 MRf 110° · 5 MDépart 08 h 0047°40'47°40'42'42'44'44'46'46'48'48'50'50'52'52'4° W4° W58'58'56'56'54'54'52'52'50'50'48'48'46'46'44'44'42'42'40'40'
Une route préparée : deux bords avec leur route fond et leur distance, le point de départ horodaté. Les tourelles et les hauts-fonds restent à bonne distance ; les amers à relever en route sont repérés.
À noter sur la routeDétail
Dangers et distances de sécuritéRochers, hauts-fonds, zones interdites, dispositifs de séparation du trafic
Amers et feux à releverPour contrôler l'estime ; caractéristiques des feux pour une arrivée de nuit
Points de repliAbris atteignables à chaque étape si le temps se dégrade ou en cas d'avarie
Heure limite de demi-tourAu-delà, mieux vaut continuer qu'affronter la mer contraire au retour
Cartes et documentsCartes à jour de toute la zone, livre des feux, annuaire des marées, instructions nautiques

Le navire

PosteVérification
CarburantRègle des tiers : un tiers aller, un tiers retour ou imprévu, un tiers de réserve ; la consommation augmente dans la mer formée
Eau douceAu moins 3 litres par personne et par jour, en plusieurs contenants
MoteurHuile, refroidissement, courroies, filtres, batteries chargées, outillage et pièces de rechange
Gréement et voilesRidoirs, manilles, usure des écoutes et drisses ; voiles de gros temps accessibles
ÉlectroniqueGPS, traceur, sondeur, VHF testée (appel de routine à la capitainerie), AIS, feux de navigation
SécuritéArmement complet et en date ; radeau, gilets, harnais, lignes de vie gréées, feux à main, trousse
ArrimageTout ce qui peut tomber ou se renverser dans la mer est saisi ; panneaux et hublots fermés

L'équipage

Le briefing avant le départ passe en revue : où sont les gilets et comment ils se gonflent, le port du harnais (de nuit, par gros temps, seul sur le pont), la manœuvre d'homme à la mer, l'usage de la VHF et l'appel de détresse, l'emplacement des extincteurs, de la trousse, du radeau, des feux à main et du sac de survie. On organise les quarts pour que personne ne soit épuisé à l'arrivée, et l'on prévoit vêtements chauds, cirés et remèdes contre le mal de mer.

Enfin, une personne à terre reçoit la route prévue, l'heure d'arrivée estimée et la consigne de prévenir le CROSS si le bateau ne donne pas de nouvelles au-delà d'une heure convenue.

Pendant la traversée : le journal de bord

Le journal de bord est obligatoire au-delà de 6 milles. Toutes les heures au moins, et à chaque changement de cap, on y note :

ColonneUtilité
Heure (UTC ou légale, à préciser)Référence de tous les calculs
Position GPS et position estiméeReprendre l'estime en cas de panne ; détecter une dérive non prévue
Cap compas, vitesse, lochBase du point estimé
Pression, vent, mer, visibilitéSuivre la tendance météo
ÉvénementsChangement de voilure, avarie, appel VHF, personnes à bord

À retenir

  1. Une traversée se prépare dans l'ordre : météo (bulletin large, carte isobarique, fenêtre de 24 à 48 heures), marées et courants aux heures de départ et d'arrivée, route tracée sur la carte avec les dangers, les amers et les points de repli, puis le navire et l'équipage.
  2. Carburant : règle des tiers, un tiers pour l'aller, un tiers pour le retour ou l'imprévu, un tiers de réserve ; eau douce : au moins 3 litres par personne et par jour ; vivres et vêtements pour le froid et l'humidité.
  3. Le journal de bord, obligatoire au-delà de 6 milles, reçoit au moins toutes les heures la position (GPS et estime), le cap, la vitesse, le loch, la pression et le vent : il permet de reprendre l'estime si l'électronique tombe en panne.
  4. Avant de partir : briefing de l'équipage (gilets, harnais, homme à la mer, VHF, emplacement du matériel), vérification du matériel et de ses dates, plein, moteur, gréement, et information d'une personne à terre de la route et de l'heure d'arrivée prévue.
  5. En route, on compare en permanence la position réelle à la prévision ; un écart de vitesse, une météo qui se dégrade plus vite ou une avarie déclenchent le plan de repli décidé à l'avance.
Télécharger la fiche réflexe

Une page A4, à garder au fond du ciré.

Sources

  • Shom, Guide du navigateur : préparation de la navigation, documents nautiques, tenue du journal de bord
  • Division 240 (édition du 30 octobre 2024), articles 240-1.03 (chef de bord), 240-2.05 (journal de bord, documents nautiques, réception météo)
  • Météo-France, Guide marine : préparer sa sortie en mer, fenêtre météo

Contenu rédigé à partir des textes officiels puis relu ; il ne remplace ni les textes en vigueur ni la formation en bateau-école.

Quiz de fin de section

8 questions sur ce que vous venez de lire. À partir de 80 %, la section est acquise.

On tire les questions…